Services menacés en pharmacie
Comprendre ce qui s’est passé.
Des événements récents ont fragilisé l’accès aux services en pharmacie. Heureusement, le gouvernement est revenu sur sa position et a convenu avec l’AQPP de rechercher des solutions de façon concertée. La crise vécue en mars découle d’une mauvaise compréhension du mode de rémunération des pharmaciens. Informez-vous pour préserver les services en pharmacie.
Que s’est-il passé?
Le 26 mars, le gouvernement est intervenu en adoptant un amendement qui permettait de plafonner les honoraires professionnels des pharmaciens facturés aux assureurs privés. Cette décision a rapidement soulevé d’importantes préoccupations chez les pharmaciennes et pharmaciens propriétaires. Cela réduit la prévisibilité nécessaire à la gestion de leur pharmacie et met en péril la capacité des équipes de développer et de maintenir les services offerts à la population.
Face à la mobilisation de l’AQPP et des équipes en pharmacie, le ministre du Travail, Jean Boulet, a rectifié le tir. De concert avec l’AQPP, il a été convenu qu’un comité tripartite composé du gouvernement, des assureurs et de l’AQPP soit mis sur pied pour discuter de la question des honoraires associés aux médicaments de spécialité. Cette entente a permis d’éviter des impacts immédiats sur les services à la population, tout en ouvrant la porte à des solutions.
Pourquoi cette situation?
Pour comprendre la situation, il faut savoir que les honoraires facturés aux patients couverts par le régime public, notamment les personnes âgées de 65 ans et plus, les enfants de moins de 18 ans, les prestataires de l’aide sociale et toute personne n’ayant pas accès à un régime privé, ne reflètent plus les coûts actuels. En effet, ils n’ont pas été indexés au même rythme que l’inflation depuis plus de 20 ans, même si la pratique de la pharmacie et les médicaments eux-mêmes se sont considérablement complexifiés. En plus d’absorber une charge de travail accrue, les pharmacies font face à une augmentation des dépenses : salaires, loyers, technologies et suivis des patients, etc.
Pour les assurés au privé, les honoraires reflètent la réalité d’affaires de la pharmacie et les dépenses requises pour qu’elle demeure accessible à tous ses patients.
Au cours des dernières années, grâce à la recherche, les traitements médicamenteux ont évolué pour mieux traiter des maladies complexes ou rares. Toutefois, ces traitements plus compliqués sont coûteux (certains médicaments peuvent coûter des millions de dollars pour un seul patient). Et les pharmaciens qui les obtiennent pour leurs patients doivent notamment assumer les coûts en cas de pertes, les frais associés au maintien de la chaîne de froid et le montant des salaires des employés en pharmacie qui prennent en charge les patients. Les suivis eux-mêmes sont très complexes et nécessitent plus de temps pour assurer la sécurité du traitement. Pourtant, la rémunération de ces services n’a pas évolué au même rythme que le coût de la vie du côté du régime public. Au fil des années, l’écart se creuse entre les honoraires couverts par le régime public et ceux des régimes privés.
En recherche de solutions
Cette crise a inquiété de nombreux travailleurs du réseau des pharmacies et plusieurs patients. Elle a toutefois permis de mieux faire comprendre les défis auxquels font face les pharmacies communautaires. Cet épisode a également contribué à mobiliser les acteurs concernés afin de travailler à la recherche de solutions. Les pharmaciens demandent d’ailleurs depuis quelques années la mise en place de solutions afin de répondre à la tendance lourde associée aux médicaments de spécialité.
C’est également une demande des assureurs et des travailleurs. L’Association québécoise des pharmaciens propriétaires voit cette collaboration de façon positive et est ouverte à trouver des solutions.
La suite est importante : les discussions entre les assureurs, le gouvernement et l’AQPP devront mener à la mise en place des conditions pour préserver l’accessibilité et les services en pharmacie.
Les pharmaciens veulent faire partie de la solution, mais ils ont besoin d’un cadre stable pour continuer à bien servir la population.